Décodages plantes et maladies

Publié le par нар хиртэлт

Famille des rosacées.

La symbolique de la rose/aubépine c'est la pureté tandis que la symbolique de la rosacée tourne autour des sensation de honte/souillure... l'une annulant l'autre.

Chanvre en relation avec la sorcellerie et la magie..

 

symbolique

Le chanvre est une plante textile. Il symbolise la destinée et la folie

https://1001symboles.net/symbole/sens-de-chanvre.html

La symbolique de la rose/aubépine c'est la pureté tandis que la symbolique de la rosacée tourne autour des sensation de honte/souillure... l'une annulant l'autre.
 
Au moyen âge, les sorciers utilisaient les propriétés narcotiques du chanvre dans la préparation d’onguents et de fumigations avec lesquels ils voulaient entrer en communication avec les forces magiques.
Contre l’acné il fallait porter un fil de chanvre au poignet afin de « sécher le mal ». Le chanvre, dont on faisait les cordes, était symbole des liens amoureux : ainsi, en Sicile on s’assurait la fidélité de son époux en lui faisant porter une cordelette de chanvre tressé.
 
http://mieux-se-connaitre.com/2009/12/le-chanvre/

Le chanvre est une plante très riche en fibres, aussi la variété sativa a-t-elle été grandement utilisée dans l’industrie textile : on en faisait des vêtements, des cordes, des sacs, des voiles de bateaux… Durant le XIXe siècle, le chanvre cultivé était considéré comme le principal concurrent du lin, avant d’être supplanté par les textiles synthétiques.
Les graines de la variété sativa, appelées également  » chènevis « , contiennent 30% d’huile siccative constituée de glycérides et d’acides linoléiques et linoléniques. Elles sont aussi riches en protides et en vitamine K. Elles constituent une nourriture très appréciée des oiseaux et entrent souvent dans la composition des mélanges de graines qui leur sont destinés.

https://www.cairn.info/revue-psychotropes-2001-1-page-35.htm

 

Le cannabis, malgré son statut de drogue interdite suscite, un engouement qui laisse tout un chacun perplexe. Chanvre en français, hanf en allemand, hemp en anglais, cáñamo en espagnol, canapa en italien, mais aussi haschisch en Afrique, bhang, Gandja en Orient pour parler de la même plante connue sous son nom latin de cannabis. En 1850 on se procurait sans peine du haschisch en pharmacie, ce qui aujourd’hui ferait scandale. La substance demeure presque invisible durant tout le Moyen Âge jusqu’à ce que l’essor de la marine à voile la fasse ressurgir. Quelques textes pourtant attestent de l’usage particulier qu’en font à cette époque les démonologues, sorciers ou voyageurs isolés. Rabelais est condamné en 1546 pour son Tiers Livre sur le pantagruel, en écho à son personnage picaresque Pantagruelion. Remontons l’histoire :on découvre au Ier siècle Pline l’Ancien prodiguant des conseils pour soigner la goutte avec des graines de chanvre dans son livre de médecine. Avant notre ère le chanvre est une offrande. Si le secret de la Bible réside dans ses nombreuses traductions et interprétations, certains anthropologues sont d’avis que l’onction distinguant les objets sacrés des profanes est faite à partir du haschisch. Dans ses voyages, Hérodote relate l’utilisation psychotrope du chanvre (Ve siècle avant Jésus Christ). Le « Nepenthès » d’Homère correspond au « benj » qu’on peut rapprocher du bhang. Pendant qu’on vénère Dionysos en Thrace, sa cousine Soma est célébrée en Perse, ouvrant la voie hallucinogène du chanvre. Les essences de la plante sont utilisées pour augmenter les contractions lors des accouchements en Égypte en 1550 avant Jésus-Christ dans les papyrus médicaux de l’époque. Shiva et Bouddha consomment le bhang. Certains textes sacrés d’Inde mentionnent sa présence il y a 4 000 ans, mais la plus ancienne trace du chanvre (Ma) se situe à Taïwan dans des poteries vieilles de plus de dix mille ans.

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La plante, née dix mille ans avant notre ère, ne semble être là que pour servir l’homme et ne plus le quitter : boissons, mixtures, gâteaux, fumées, récoltes annoncent des liens ancestraux.

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Pourquoi parler de lien ?

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Les différents usages qu’on fait de la plante (thérapeutique, festif, agricole, spirituel) décrivent des relations pratiques avec l’homme, ce qui souligne aussi les aspects économique et psychologique que la plante revêt.

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Les fonctions associées à la plante (onirique, inspiratrice, interdit) délimitent la teneur du lien privilégiant l’aspect social.

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Enfin, le mode de vie (écologique, une culture) qui peut y être associé délimite un comportement mettant en avant les dimensions philosophique et politique de la plante.

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Le cannabis joue donc un rôle auprès de l’homme en même temps qu’il possède un aspect pratique mettant à jour des manières de vivre. Nous entendons montrer ici comment s’articulent les relations de l’homme avec la plante interdite de telle manière que celles-ci englobent les différents cadres ayant trait à l’existence, ce qui nous a conduits comme nous le verrons en conclusion à parler de métaphore pour évoquer ces liens.

Des propriétés multiples
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Des dates et saints patrons du calendrier chrétien nous rappellent des habitudes liées à la culture du chanvre associée au feu : la chandeleur (2 février) dont les légendes rapportent l’obtention d’une chandelle miraculeuse « portée par une femme venue du royaume des morts » [1][1] Michka, Le Chanvre renaissance du cannabis, Georg,.... Saint Blaze (blaze, feu ardent en anglais), patron des chanvriers et des drapiers.

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Historiquement, le chanvre ne s’apparente pas à une drogue. Le souvenir de la culture du chanvre en France est d’abord de nature textile. Les vêtements, draperies et toiles de chanvre du Moyen Âge restent une industrie traditionnelle de l’époque. Charlemagne à la fin du VIIIe siècle ordonne partout la plantation de canava. Le commerce du chanvre entoure les principaux ports de la Méditerranée en raison des cordages et des toiles nécessaires aux navires, mais l’existence à la même époque de grandes quantités de pipes [2][2] Antonio Escohotado, Ivresses dans l’Histoire, les... atteste sa référence en tant que drogue. À la vue de ces premières orientations, le chanvre nous apparaît déjà comme un don précieux pour le monde des hommes. Le chanvre est ici envisagé comme une matière première qui donne à la plante un véritable statut de marchandise, lié à une demande révélant la dimension économique qu’il revêt dès ses origines, ainsi que sa place dans l’agriculture et le commerce.

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Les informations botaniques sur la plante sont plus rares bien que des milliers d’espèces soient recensées qui correspondent en quelque sorte à des crus comme pour les vins. Par contre, on rencontre dans l’histoire des plantes des manuels prodiguant des conseils sur l’ensemencement des graines, les différentes phases de la récolte (Georges Sand [3][3] Georges Sand, La Mare au diable, Vedette, 1955. ), les techniques du ramassage (John Hopkins [4][4] John Hopkins, Carnet de Tanger, La Table Ronde, ...), mais également des recettes pour préparer le haschisch (les fameux pains du docteur Bouchardat [5][5] Docteur Bouchardat, Répertoire de pharmacie, Tome... en 1849).

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Mais le chanvre sert également la médecine. Le Docteur Moreau de Tours [6][6] Jacques Joseph Moreau de Tours, Du Haschisch et de... en 1845 appréhendait l’aliénation mentale à travers le cannabis comme un outil thérapeutique. Il expliquait la nécessité de l’expérimenter sur soi-même en guise d’exploration, faisant de l’expérience personnelle la seule vérité. Il pratiquait également l’observation participante dans le cadre du Club des haschischins.

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Durant tout le XIXe siècle se forge le vocabulaire de la cannabinologie [7][7] On remarquera notamment les travaux de Jules Giraud,.... C’est aussi à cette époque que l’on trouve le plus de conseils concernant l’usage approprié. On apprend comment se prémunir des risques d’accidents. Il est avant tout question de doses dans la consommation de haschisch : « Il faut se contenter de peu de folie, de crainte d’en trop avoir » [8][8] Edouard Delessert, Une soirée de haschisch à Jérusalem,.... Ravissement, chute, exaltation, ivresse, distorsion du temps et de l’espace, images de l’agonie, sont le reflet d’un usage et d’un savoir qui dictent les effets possibles du cannabis. La drogue représente un voyage de l’esprit, une « explosion libératoire qui rompt la monotonie du temps creux et profane » [9][9] Antoine Boustany, Histoire des paradis artificiels,.... Des guides sont établis à cet effet [10][10] Louis Alphonse Cahagnet, Guide de l’extatique par.... C’est parce qu’il est d’usage de consommer du cannabis à cette époque en raison notamment de ses vertus que certains « savants » s’évertuent à démontrer et à délivrer des indications et prescriptions parallèlement.

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Aujourd’hui que reste-t-il des propriétés du cannabis ?

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La socialité est revendiquée comme une des vertus de la plante par ses usagers : les groupes de consommateurs de haschisch parlent de modération, d’humour, de partage, d’un refus du conflit dans le cadre de cette consommation, thèmes qui rappellent les élans inscrits dans le mouvement hippie des années soixante. Le cannabis est associé à une pratique douce qui, accompagnée d’un état d’effervescence semble, selon Martine Xiberras, caractéristique d’un désir d’ouverture sur le monde extérieur. « Les consommateurs recherchent justement à être en prise, à participer pleinement à leur environnement, proche et lointain […] c’est le principe même de la pratique qui se construit sur un désir de communication amplifié » [11][11] Martine Xiberras, La Société intoxiquée, Méridiens....

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L’aspect thérapeutique du chanvre refait surface également, il fait l’objet de prescriptions dans certains soins, ses effets apaisants sont utilisés dans le traitement du cancer et du sida. Des propriétés de relaxation lui sont également attribuées (effets inhibiteurs). Toutes les parties du plan du chanvre peuvent être utilisées. Les Chinois cultivent le chanvre principalement pour ses fibres, mais les fleurs sont utilisées pour traiter les blessures ouvertes; l’enveloppe de la graine et la résine stimulent le système nerveux, les graines stoppent les inflammations et l’irritation de la peau. L’huile neutralise l’empoisonnement au soufre, le jus frais des feuilles est un antidote contre les morsures de scorpion, la cendre obtenue après combustion est utilisée dans les feux d’artifice [12][12] Michka, Le Chanvre, op. cit..

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Enfin le chanvre et ses dérivés constituent des substances menant sur les chemins du virtuel. La voie tracée par le Dr Moreau de Tours est marquée de l’empreinte de l’imaginaire : expérience esthétique du voyage, de l’exotisme, de la jouissance. Le chanvre est associé à un cadre festif à travers les techniques de l’introspection, du rêve, de la fête avec ses rituels d’apaisement. Par ailleurs, les danses et chants forment les voies de l’ivresse qui permettent de découvrir la vocation spirituelle du chanvre. Les drogues sont pour certains une affaire d’expérience intérieure, qu’on ne peut comprendre, et dont on ne peut pas parler sans en faire soi-même l’expérience, comme modificateur de conscience, et cela dans le cadre d’une politique de la révélation. Ainsi Timothy Leary [13][13] Timothy Leary, La Politique de l’extase, traduit... définit plusieurs niveaux de conscience auxquels on a accès par l’usage des psychédéliques. C’est en tant que praticien qu’il livre des conseils sur la manière d’absorber des psychédéliques. Chez les sorciers, l’expérience de rêver s’accompagne de l’ingestion de plantes hallucinogènes qui permettent d’accéder à un autre niveau de conscience nous signale Carlos Castaneda [14][14] Carlos Castaneda, L’Art de rêver, les quatre portes.... Chez les amérindiens, celui qui ne peut rêver est considéré comme un malade.

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Ces différentes propriétés générales associées à la pratique du chanvre mettent en lumière des fonctions pour la plante ainsi qu’un cadre social. Nous allons revenir maintenant sur certaines des fonctions décrites qui permettent de tisser un lien plus particulier de l’individu vers la substance, mettant en avant une conduite d’intoxication volontaire.

Un révélateur
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Les substances psycho-actives sont des modificateurs de l’état de conscience. Le sujet a l’impression, nous explique Georges Lapassade, que le fonctionnement habituel de sa conscience se dérègle et qu’il vit un autre rapport au monde, à lui-même, à son corps, à son identité [15][15] Georges Lapassade, Les États modifiés de conscience,....

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Les paradis artificiels constituent les bases de principes de réflexions souvent à caractère esthétique. Le début du XIXe siècle est marqué d’un thème romanesque à travers un usage psychotrope dans le milieu des Lettres. Il s’agit des méthodes d’introspection et de rêves artificiels qui donnent à la singularité d’une aventure une charge affective, fort prisée à l’époque et qui aujourd’hui constituent des « Classiques » en la matière (Baudelaire, Nerval, Gautier…).

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Au fil des pages, au fil du temps se retrouvent les poètes et écrivains du haschisch, avec une utilisation comme source d’inspiration de plus en plus prononcée à mesure qu’on prend du recul.

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Chez les poètes, romanciers et écrivains, il est notoire et ces derniers l’avouent, que leurs écrits naissent de l’absorption de haschisch. D’ailleurs, on retrouve parfois dans leur texte un style alerte, imagé, pour décrire les effets des drogues, retrouvant un peu de cette fascination dans l’écriture que procure la drogue à ses auteurs et à ses spectateurs, par les moyens propres à l’écriture : phrases aussi longues qu’une bouffée de cigarette pour décrire les effets envoûtants comme l’explique Walter Benjamin :

« À présent remontent les exigences temporelles et spatiales que pose le mangeur de haschich. Elles sont on le sait absolument royales. Versailles n’est pas trop grand pour qui a mangé du haschich et l’éternité ne lui est pas trop longue. Et sur fond d’une expérience intérieure aux dimensions immenses, de durée absolue et d’un monde à l’espace illimité, un humour serein, merveilleux qui s’attarde à plaisir aux contingences du monde de l’espace et du temps ». [16][16] Walter Benjamin, Sur le haschich et autres écrits...

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Sous la plume d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo [17][17] Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, Pétion,... décrit l’enchantement qui suit l’ingestion d’une pâte verdâtre caractéristique de la forme sous laquelle on trouve le haschisch à cette époque.

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C’est à travers l’usage des drogues comme modificateurs de conscience que le banal se charge de couleur et devient fascinant. Écrivains, poètes et romanciers y trouvent leurs sources d’inspiration et l’élan nécessaire à l’envolée littéraire ou au lyrisme de leur propos.

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« Si l’ivresse prend un tour favorable, les choses se mettent à luire comme recouvertes d’une fine couche de laque; elles sont toutes imprégnées de beauté » [18][18] Ernst Jünger, Approches, drogues et ivresse, Christian....

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Pourtant, les rencontres avec le haschisch ne sont pas toujours plaisantes. L’expérience n’est pas toujours bénéfique. Certaines d’entre elles mènent leurs auteurs dans la plus grande des confusions et manquent parfois de se terminer tragiquement.

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« Distinctement, avant même d’avoir quitté mon lit, je me vis, non, je fus, moi Clara, ayant atteint le sol et m’étant retrouvée grâce au choc, moi, Clara, étendue morte et un peu en bouillie sur le pavé […]» [19][19] Clara Malraux, Nos Vingt ans, Grasset, 1992..

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De manière générale, la catégorie des hallucinogènes dont fait partie le chanvre est source d’inspiration et répond à des fonctions oniriques mais qui n’ont pas toujours les résultats escomptés.

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Avec la révolution instaurée par le siècle des « Lumières », la société occidentale a rompu les canaux avec la nature et le monde surnaturel, chassé de la vie publique. Pourtant le caractère d’étrangeté que nous ressentons face au rêve, à la folie ou encore quand nous évoquons certaines techniques telles la transe ou la possession troublent nos consciences

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Le pont peut être fait entre la vocation initiatique des drogues, en tant que structures de passage, et le rêve nécessitant l’emploi de substances hallucinogènes. Elles révèlent la diversité des états mystiques et les liens qui peuvent être tracés avec différentes cultures. C’est le cas du rêve qui peut être considéré comme un « voyage de l’âme ». Dans un certain sens, la philosophie de la drogue renvoie par son aspect de rêve et d’égarement à la vie spirituelle et à la contemplation, « mettre en silence tous les bruits de la terre » [20][20] Gaston Bachelard, L’Air et les songes, essai sur.... Les rêves et les mythes ont pour thème général, nous explique Mircéa Eliade, l’ascension ou le vol. Le chaman est le spécialiste d’une « transe pendant laquelle son âme est censée quitter son corps pour entreprendre des ascensions célestes ou des descentes infernales » [21][21] Mircéa Eliade, Le Chamanisme et les techniques archaïques.... Le chaman veille sur l’âme de la communauté, il est donc celui qui relie les âmes entre elles pour faire de lui un visionnaire. C’est lui qui dicte les expériences extatiques et l’usage des substances hallucinogènes dont le chanvre. Ainsi le rêve révèle le totem au cours de certaines cérémonies d’initiation [22][22] Roger Bastide, Le Rêve, la transe et la folie, Flammarion,.... Le rêve est aussi l’élément à partir duquel l’individu accomplissant un rite de passage franchit un stade nouveau pour bâtir ses relations sociales, il est le moyen pour l’individu de se détacher de ses anciennes appartenances pour entrer dans son nouveau milieu. Les « maladies » et les rêves initiatiques issus de l’absorption de plantes hallucinogènes tiennent lieu d’initiation et peuvent parvenir à transformer un homme profane en technicien du sacré [23][23] Mircéa Eliade, Le Chamanisme et les techniques archaïques.... L’intoxication permet au chaman d’accéder à l’extase en plongeant la pensée dans un ailleurs mythique. Cette thématique de l’ailleurs est un fil qui relie le monde sacré du chaman et des esprits au monde profane des individus et qui dicte la nature de leurs relations sur terre, entre eux, vis-à-vis de la nature, des autres hommes, face à l’adversité. Les extases chamaniques sont souvent provoquées par des fumées de chanvre [24][24] Ibid. qui représentent la technique la plus élémentaire de l’extase ou de l’ivresse.

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L’épreuve initiatique constitue les actes qui conditionnent l’établissement et le resserrement du lien. « Faire partie d’un groupe d’initiés, c’est sentir que l’on possède le même complexe de sensations, de sentiments et d’idées » [25][25] Jean Griffet, « Le partage de l’expérience », Sociétés,.... Parfois les conduites d’intoxication sont en rapport avec un désir de transgression pour mieux asseoir la volonté d’indépendance des uns, ou encore le désir de reconnaissance des autres. Aller au-devant de l’interdit, exhorter l’effort, reconduire les limites du possible se pose dans un contexte initiatique inaugurant un nouvel âge de l’ultime.

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« Car on n’est pas ivre que du vin, ou de haschisch, ou d’opium, ou de champignons, ou de tranquillisants. On est aussi ivre d’amour, ivre de dieu (ou des dieux), ivre de joie, de bonheur, de colère, de rage, de violence, de combat, de sang, d’actions, d’argent, de pouvoir, de succès sans oublier l’ivresse des sens. Seul varie le moyen d’accéder à cet état : ce peut être une substance, une personne, un concept, un sentiment, une émotion, ou une conviction. Tous agissent sur l’esprit, modifient telle ou telle fonction, et provoquent des comportements perturbés ou saints, mauvais ou bons, mais toujours différents de la norme. Souvent ils conduisent à la démesure » [26][26] Antoine Boustany, Histoire des paradis artificiels,....

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Le jeu avec les limites vécues dans un cadre initiatique laisse la place à un échange symbolique. Michel Maffesoli nous parle à ce propos de « transcendance immanente » pour figurer le cercle d’une individualité simultanément dépassée par l’échange engagé dans l’initiation et intégrée dans la mesure où la non-maîtrise de ce qui se joue dans l’initiation fait partie du jeu qui donne au rituel sa force [27][27] Michel Maffesoli, La Conquête du présent, Desclée....

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La structure de l’initiation dans les sociétés traditionnelles revêt une importance fondamentale pour la survie de l’unité, c’est elle qui garantit un état des choses et permet le renouvellement. Elle assure la cohésion des groupes et des générations, maintient un ordre fondé sur la place de chacun. Elle institue en quelque sorte le fondement du social en affirmant le lien qui lie l’individu à sa société. De telles bases sont absentes de nos repères et manquent cruellement lorsque le lien social se distend. C’est pourquoi c’est par tâtonnements que l’individu recherche les voies qui vont l’introduire au sein du social. Dans cette perspective tout élan rappelant les orientations de l’initiation est à prendre au sérieux. Les pratiques corporelles et sportives inaugurent un style de participation au monde qui imprègne l’individu du social. La connaissance de savoirs ésotériques, de choses secrètes et d’abords difficiles introduit l’existence du sujet dans des sphères de la vie quotidienne. L’accès aux mystères symbolisés par les drogues marque l’avènement de la connaissance. Recevoir les premiers éléments d’une pratique, d’un mode de vie conduit à une autre pensée et à un apprentissage. Enfin, franchir une limite c’est pénétrer dans les domaines de l’activité sociale. Bref toutes choses qui rappellent une conscience de soi, un ordre de mystères et de révélations. Le monde de l’affiliation, de l’introduction au secret, à l’occulte et au mystérieux, à la révélation signale le recours à de l’initiatique. Les techniques corporelles, sportives et culturelles en rendent compte, mais bien plus encore tout ce qui touche à l’ordre du voyage, de l’errance ou encore de la transgression et de l’interdit, aux sources d’une révélation de soi au monde, là où l’individu ose toucher au social et à ses règles. En toxicomanie, la pratique d’intoxication peut être comparée à un rite de passage [28][28] Les rites de passage constituent un seuil, le franchissement .... Dans ce cas l’expérience de mort [29][29] Voir à ce propos la notion d’ordalie développée par... à laquelle se soumet le sujet est vécue comme une initiation. Cette initiation se signale encore ici par l’insertion dans le corps de substances magiques qui conduisent à la mort et à la résurrection du candidat.

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Par initiation il faut non seulement comprendre l’initiatique comme l’apprentissage d’un savoir-faire, mais aussi l’expérience de mort/renaissance propre aux sociétés traditionnelles. L’initiation se traduisait dans ces sociétés-là sous forme d’épreuve physique très éprouvante qui permettait à l’enfant/ adolescent de mourir pour renaître en tant qu’Homme. Si nous pensons que l’adolescent se trouve dans une phase d’expérimentation des savoirs, et de ses limites qui sont susceptibles de lui donner des valeurs afin d’acquérir une partie de son identité, le recours à la drogue peut être perçu dans ce même contexte initiatique sur le plan symbolique de l’identité.

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Depuis plus d’une décennie nous assistons à un effondrement symbolique des valeurs attesté par un sujet qui se désaffilie, une famille de plus en plus éclatée, un État discrédité. Dans la société démocratique la question de l’appartenance reste l’enjeu essentiel. Il importe alors à l’adolescent de trouver du sens à l’existence ou tout simplement de se trouver une place dans la société. Le cannabis constitue alors un terrain favorable.

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La consommation de cannabis chez l’adolescent fait apparaître une prise de risque qui s’inscrit dans un cadre initiatique revêtant diverses formes : le besoin de reconnaissance de l’adolescent par l’adulte, en même temps qu’une prise en compte de l’adolescent par le corps social. L’adolescence correspond à une exigence de changement, c’est une période durant laquelle le jeune homme cherche à se réaliser et est amené à prendre des risques. L’allongement de la durée des études, suivi d’une période de chômage, d’emploi instable, prolonge la plupart du temps le cap de l’adolescence. Le franchissement des étapes reste faiblement marqué pour avoir une valeur de rite de passage, et l’avenir proposé n’est pas suffisamment engageant ni attrayant pour s’y substituer. Dès lors, il appartient à l’adolescent de trouver le sens de son existence pour parvenir à y asseoir un projet qui le guidera d’un bout à l’autre de sa vie. C’est le temps des découvertes et des reconnaissances de ses libertés. À lui de trouver des réponses à ses attentes. Cependant la confusion du monde moderne ne l’aide guère dans son cheminement et c’est là qu’il est en mesure de se confronter avec sa société, prendre des risques, quitte à franchir le cap de la déviance. La consommation de cannabis prend donc ici la forme d’un rite de passage intime. Il s’agit de défier symboliquement une puissance, pour lui arracher l’efficacité symbolique qui préserve l’existence de l’adolescent.

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Les tabous alimentaires, les épreuves physiques, d’abstinence, constituent des caractéristiques des sociétés traditionnelles propres à l’initiation. Pouvons-nous considérer que dans nos sociétés des phases telles que l’anorexie, les privations, les atteintes corporelles ou encore les défis dans le cas de l’usage du cannabis entrent dans ce cadre initiatique, mais sous une forme non instaurée par la société, renforçant de ce fait la teneur du passage à l’acte, qui reste plus authentique. Si la notion d’initiation reste relative aujourd’hui dans nos sociétés, elle conserve néanmoins les formes de la reconnaissance collective. L’enjeu est d’inscrire l’initié dans une série d’actes, et une histoire. « L’initiation met en général en scène quelque chose de l’ordre à la fois de la filiation et de l’alliance » [30][30] Barbara Glowczewski, « Relativité des modèles culturels.... La nature et la forme que prend le lien social dans la perspective initiatique sont déterminantes. Elle nous a conduits à évoquer une fois de plus cette métaphore du lien social pour parler du cannabis, en tant que support matériel de l’initiation. L’initiation tisse ainsi les liens qui unissent l’individu à son groupe, sa famille, son clan. Les choses adviennent par la force des événements entrepris. On peut ainsi parler de pacte initiatique entre les initiés d’une part et le reste des individus d’autre part.

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L’initiation présente les figures de conditions corporelles qui restent tributaires de l’insertion du sujet à l’intérieur d’une société et d’un temps donnés. L’initiation est marquée par un certain nombre de pratiques qui correspondent à une insertion du social dans l’individu. La violence symbolique ou physique exercée lors de l’initiation est interprétée par Eugène Enriquez [31][31] Eugène Enriquez, De la Horde à l’État, essai de psychanalyse... comme la marque de la société sur l’individu. Consentir à cette souffrance, c’est se donner les moyens d’appartenir au corps social. Mais si les sociétés traditionnelles ont su inventer des rituels, les sociétés modernes n’ont pas de pratiques pour figurer les lois. Le jeune laisse donc parler le pulsionnel, la société n’exige rien de lui pour démontrer les capacités nécessaires à l’âge adulte, qui ne requièrent pas de critères particuliers.

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Le passage, pour prendre toute sa valeur chez l’individu, doit être authentifié par un acte non seulement valable aux yeux de l’individu, mais qui devra être validé par autrui, comme une preuve. Le passage à l’acte est la forme la plus visible qui permet que se cristallise une symbolique propre à l’usage de cannabis, en tant que substance prohibée et soumise à sanctions.

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L’adolescent peut ressentir tout naturellement ce besoin de se démarquer à un âge où les premières orientations se décident, et où il doit faire preuve d’expression, notamment envers ses semblables. Braver l’interdit ou adopter une attitude hors norme se présente comme une première possibilité pour l’adolescent de s’affirmer et ce faisant de trouver sa place dans la société. Plus généralement, les processus de passage à l’acte, qu’ils visent ou non la transgression, correspondent à des actes authentiques qui ont valeur d’initiation dans la mesure où ils permettent à l’individu de se reconnaître et d’exprimer ses idées. Cela implique de passer par une série de parcours qui ne sont pas toujours évidents, mais qui ont le mérite de faire accéder l’individu à une identité en dépassant les repères ordinaires de la vie quotidienne comme sortir du jeu et de la domination des adultes pour les adolescents, ou encore d’instances dominantes, comme la famille ou l’école.

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Fondamentalement, l’idée du risque associée à celle d’identité restent liée aux instants d’une trajectoire incertaine que représente la période de l’adolescence. La consommation de cannabis répond à des processus de valorisation et d’initiation à la base du principe de reliance du sujet adolescent au social dans la perspective d’un lien identitaire.

Un mode de vie
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Nous en avons déjà eu un aperçu, la culture du chanvre, avant d’être perçue sous sa forme esthétique contemporaine, appartenait à une tradition agricole et rurale.

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Georges Sand nous parle régulièrement dans ses romans du chanvre. Dans l’introduction à La Mare au diable[32][32] George Sand, La Mare au diable, op. cit., p. 7., elle propose de réunir ses romans champêtres sous le titre « Veillées du chanvreur ». Dans l’appendice elle décrit les techniques de rouissage du chanvre, son attachement au personnage du chanvreur.

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« Le broyeur de chanvre est particulièrement sceptique […]

Quand le chanvre est arrivé à point […]

Le chanvreur raconte ses étranges aventures de follets et de lièvres blancs […]» [33][33] Je renvoie ici à l’intégralité du chapitre I « Les....

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Il existe souvent un lien étroit entre conteurs et consommateurs de cannabis.

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Les polémiques autour du chanvre et de son usage révèlent un mode vie. Certains récits appartiennent à la culture de la drogue comme celui de la Beat Génération[34][34] Christian Bachmann et Anne Coppel, La Drogue dans... et de ses acteurs qui prônent le pouvoir libérateur des drogues face au conditionnement social, ou encore l’univers des joueurs de jazz qui incluent la marijuana dans leur quotidien à travers le muggle (joint) et les vipers (fumeurs de joints) durant principalement les années trente. La musique est alors un véritable vecteur du lien social. Certains noms restent dans l’histoire : Louis Armstrong et son hymne aux muggles, Jimmy Hendrix, les Rolling Stones, les Beatles, etc. La génération hippie atteint son paroxysme en dénonçant la guerre du Vietnam menée par les États-Unis. La drogue est un adjuvant qui s’exhibe et se revendique dans le cadre d’une nouvelle philosophie de la vie qui apprend à réinventer son quotidien au jour le jour.

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Le chanvre contredit le système des valeurs activistes de la société occidentale : substituer au « je pense donc je suis », « je sens donc je suis ». Le XXe siècle trouve une « société malade », en perte de valeurs morales, éthiques, spirituelles, la drogue peut représenter alors ce voyage de l’esprit, comme nous l’avons vu par ailleurs, dans lequel la rêverie occasionnée par la substance libère l’esprit, transporte « hors de soi » [35][35] Cf. Hélène Houdayer, Le Défi toxique, conduites à....

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Cet élan vers la substance semble se retrouver de manière permanente dans les sociétés indépendamment de leur évolution, des progrès scientifiques réalisés. L’homme est sans cesse tenté par le changement, l’oubli, la fuite, le détachement ou encore l’ivresse qui le conduisent « hors de soi ». On découvre qu’à chaque époque il y a eu des cercles de consommation du haschisch. Ainsi dans la société parisienne, durant la dernière décennie du XXe siècle, on découvre le cercle du Chat Noir avec Gabriel de Lautrec, Colette, Courteline, Alphonse Allais, Adolphe Retté, ou encore Curnonsky, après le fameux club des Haschischins (1846) autour de Théophile Gautier et ses expériences hallucinatoires, du docteur Moreau de Tours (son initiateur), d’Aubert-Roche (emploi dans le traitement de la peste en 1840), d’Eugène Delacroix, d’Honoré Daumier, de Gérard de Nerval, d’Alexandre Dumas, d’Honoré de Balzac, etc. Quelques scènes du club nous sont livrées à travers le regard de ses membres sous l’effet du haschisch : délires, hallucinations, extases, cauchemars.

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« Des cris rauques jaillissaient des poitrines oppressées; les bras se tendaient éperdument vers quelques visions fugitives; les talons et les nuques tambourinaient sur le plancher. Il était temps de jeter une goutte d’eau froide sur cette vapeur brûlante, ou la chaudière eût éclatée » [36][36] Théophile Gautier, « Le Club des haschischins », ....

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Mais la substance prend également ses racines dans une philosophie orientale qui prône la sagesse et la réflexion.

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Le lamaïsme tibétain se présente comme une voie ésotérique qui n’est par conséquent pas divulguée aux profanes et conserve un aspect secret. Cette religion fait appel à une conception quelque peu magique du monde en employant constamment les processus de visualisation qui mènent à la contemplation pour aboutir enfin à des apparitions. Les lamas emploient beaucoup de techniques sonores et de présentations du corps quon retrouve notamment à travers les danses. Ce lamaïsme marque des survivances des techniques chamaniques dans lesquelles les psychotropes jouent un rôle d’entrée dans la mystique. Le zen, quant à lui, utilise les voies de l’illumination subite, il s’agit de se laisser envahir par la force cosmique qui va pouvoir ainsi agir à notre place.

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Nous insistons, pour notre propos, sur l’aspect contemplatif du lamaïsme et sur l’illumination du zen, comme deux aspects que nous pouvons retrouver là aussi dans l’expérience de la drogue. Cette errance de l’esprit qui peut conduire à la contemplation ou à l’illumination nous semble proche de ce que le toxicomane évoque lorsqu’il est sous l’effet du produit (le plaisir, les flashs, les hallucinations). L’extase cannabique se rapproche d’un voyage intérieur. L’imaginal se présente comme la « faculté humaine qui permet à certains d’atteindre à un univers spirituel, réalité divine, qui à la fois, regarde l’homme et, à la fois, est l’objet de contemplation de ce dernier » [37][37] Gilbert Durand, L’Imaginaire, essai sur les sciences.... Dans la tradition philosophique, la contemplation domine, marquée par « l’immobilité, qui dans l’émerveillement muet, n’est que le résultat fortuit d’une extase, devient la condition et, partant, la principale caractéristique de la vita contemplativa » [38][38] Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy,.... Il ne s’agit pas ici de l’action de contempler, mais de se trouver dans un état extatique qui ouvre les chemins de la connaissance. Le spirituel permet d’accéder directement à l’objet du désir. De la sorte Gilbert Durand parle « d’imagination créatrice » pour signifier cette faculté qui permet d’accéder au contemplatif, à un mundus imaginal, où se « spiritualisent les corps et se corporalisent les esprits » [39][39] Gilbert Durand, L’Imaginaire, op. cit., p. 50.. Ainsi le spectacle chamanique stimule et nourrit l’imagination, abolissant les barrières de la vie et de la mort, ou encore celles du rêve et de la réalité.

La métaphore du lien social
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Le chanvre représente un moyen de communication depuis le début, il s’agit de « l’herbe » (fil, tige, lien) comme lien entre les gens, comme agitateur révélateur d’une crise promulguant sa « petite révolution ».

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Évoquer une métaphore, c’est dire ce qui se noue entre l’homme et la plante. – Le lien direct avec les cordes en chanvre évoque les nœuds du social. Le chanvre met en scène toute une série de domaines qui commandent la vie sociale pour faire de lui un fait social total au sens de Marcel Mauss. Ces fils, ces cordages, ces voiles tissés avec la matière chanvre représentent les liens de la navigation mais aussi les liens ancestraux qui unissent l’homme à la plante, d’où l’emploi de la métaphore pour délimiter un cadre, celui de l’espace du lien social.

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– L’image véhiculée par le cannabis dans les contextes précités est une manière de nommer ce lien : l’attachement de l’homme à la plante. Les usages et fonctions du chanvre montrent qu’il constitue une échappée vers de nouvelles formes de socialité (le cadre festif, spirituel, onirique de la consommation) ou de thérapies. Toutes les dimensions de la vie semblent être présentes dans le chanvre. De la dimension économique de la plante en tant que matière première, en passant par son aspect politique et législatif dû à l’interdit qui pèse sur elle, sans omettre le cadre thérapeutique qu’on tente aujourd’hui de développer, le chanvre constitue une philosophie de la vie à travers un mode de vie écologique qui a des répercussions dans l’ensemble de l’organisation sociale. Le chanvre peut alors s’apparenter à un fil conducteur pour comprendre les relations de l’homme à la plante et les enjeux qu’elle soulève, seconde piste pour un raisonnement en terme de métaphore du lien social.

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L’idée que le haschisch dévoile des secrets, montre les choses sous leur vrai jour, qu’il va au-delà des apparences pour toucher au fond des choses et à la vérité des sens fait son chemin : c’est pour cette raison qu’il serait aussi condamné, par crainte de cet aspect révélateur qui pourrait déplaire aux politiques. Il est évident que la consommation de drogue fait peur. Elle fait peur parce que les substances utilisées sont mal connues de l’homme et possèdent par conséquent un relent d’étrangeté et d’exotisme que d’autres substances n’ont pas, car elles restent attachées à une culture. Mais l’étrange n’est pas la seule chose qui fasse peur dans la consommation de drogue. Pour certains elle reste un révélateur de la crise actuelle de notre société et dénonce un mal plus profond, celui d’un ordre social chancelant, celui d’une crise des valeurs. Or, face à cette crise, la jeunesse répond en consommant des drogues, et de fait refuse les règles sociales, ce qui est plus inquiétant. Bien que la consommation de drogue ne possède plus cet élan révolutionnaire des années soixante et soixante-dix, des problèmes d’exclusion et de rejet règnent qui angoissent, et dont la drogue semble le véhicule sur lequel se focalisent les esprits. La société est en crise, et la jeunesse, porteuse de tous les espoirs se drogue, voilà qui est en mesure d’alerter bien des esprits.

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Mais si la toxicomanie rassemble diverses formes d’obsession, la philosophie du chanvre occupe une place à part qui consiste aujourd’hui à renouer avec la dimension spirituelle de la plante et ses vertus. Du moins observe-t-on parmi les diverses positions favorables et défavorables que suscite le chanvre une réflexion basée sur les acquis historiques de la plante. Il s’agit alors de repenser le lien qui unit l’homme avec les plantes à drogue. Le mouvement chanvre occupe une place privilégiée dans l’histoire du cannabis. Jack Herer, aidé de quelques collaborateurs, publie en 1985 un ouvrage intitulé L’Empereur est nu (The Emperor wears non clothes), ce qui déclenche le mouvement chanvre (Hemp movement). Le livre devient rapidement un best seller traduit en plusieurs langues dans lequel on trouve images, citations, extraits de presse, documents tendant à démontrer que le chanvre est un matériau d’avenir en matière d’écologie. L’ouvrage se veut convainquant même s’il prêche par excès : un monde entièrement bâti par le chanvre, une matière enfin réhabilitée après des années de calomnie basées sur l’usage psychotrope du cannabis pour mieux nous écarter des vertus de la fibre. Le mouvement est en pleine expansion depuis les années quatre-vingt-dix. Il rassemble deux tendances. La première revendique l’usage du cannabis comme modificateur de conscience, comme atout pour la socialité, comme facteur de paix. Il s’agit là du retour de la génération hippie à laquelle s’adjoint une jeunesse qui trouve dans l’herbe une nouvelle forme d’expression pacifique. Ainsi le mouvement chanvre réclame la liberté d’usage pour le consommateur au même titre que l’alcool. La seconde tendance se démarque par sa volonté de renouer avec l’aspect naturel des choses. Dans ce cadre le chanvre est un objet de prédilection. Pour ce mouvement, le temps est venu de vivre en accord avec le monde naturel. Les dégâts qu’occasionne l’industrie chimique et pétrolière sur la planète doivent cesser au profit d’une société plus respectueuse du « vivant ». La culture du chanvre signe le retour d’une agriculture non polluante, biologique sans engrais ni pesticide qui en tant que ressource renouvelable réconcilie l’homme avec la nature. L’homme doit apprendre à extraire des plantes sa nourriture, ses vêtements, son habitat, voire même son combustible. Cette conception quelque peu utopique trouve avec le chanvre de la matière. Les deux tendances, l’une écologique et l’autre de libéralisation de la consommation de cannabis, nourrissent le mouvement contestataire du chanvre qui vise la réhabilitation de la plante en tant que matière première. Du coup le chanvre s’insère dans un mouvement commercial qui donne vie à l’utopie : en introduisant le commerce du chanvre la société change, créant un nouveau secteur économique. Réhabiliter le chanvre, cela veut dire le cultiver, mais aussi en tirer des produits dérivés et les vendre. Le mouvement chanvre s’appuie sur un élan commercial et philosophique qui donne naissance à cette utopie (celle de tout transformer par le chanvre) en mesure d’impulser une réévaluation de la plante. Le chanvre revient en force aujourd’hui après des années d’oubli. On redécouvre ses vertus écologiques et son étonnante versatilité : aliments, peintures, vêtements, papiers, isolants, cosmétiques, etc. Un nouveau secteur d’économie se met en place. Les technologies non polluantes se basent sur le chanvre, pour produire un papier non polluant qui préserve les forêts, des maisons en matériaux sains, des vêtements en fibre naturelle cultivée sans pesticides ni herbicides, des huiles diététiques, etc. Cette ouverture sur le chanvre porte la reconnaissance de sa fumée pour une jeunesse qui trouve dans la plante un nouveau mode de vie. Les plants fleurissent sur les balcons, les paroles des chansons sont dans l’air du temps et pas seulement pour le cannabis : la chanson de Billy Ze Kick « mangez-moi, mangez-moi » reprend le cri des champignons hallucinogènes. Le chanvre peut devenir un moyen pacifique de changer le monde, voilà qui renoue avec la tradition des années soixante-dix. L’herbe est un moyen d’ouvrir les portes de la perception.

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Au-delà du débat politique et forcément moral que suscite le cannabis, l’approche par le lien social permet de comprendre les enjeux présents dans la problématique soulevée par le chanvre. Le cannabis s’apparente à un indicateur du lien social en tant qu’il nomme les interactions de l’homme avec la plante dans divers domaines de l’activité des hommes. Le cannabis est à l’origine d’une production économique (incidence agricole, industries diverses, échanges) mais aussi sociale (sous la forme d’une mobilisation humaine) et politique (écrits divers), qui alimentent le débat social.

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Mais c’est à travers le vocabulaire de la plante que nous trouvons l’inspiration pour rendre compte de la teneur et de la nature de ce débat. Les fils de la tige sont ceux que tisse le lien social dans les divers domaines concernés par la présence de la plante. La métaphore du lien social représente un fil conducteur pour comprendre la somme d’investigations présentes autour du chanvre mais qui n’est qu’une manière de plus de signaler l’investigation du social autour de la plante. Plus les interactions sont nombreuses plus le social peut se charger de significations.

Reçu en avril 2000


Bibliographie
  • BACHELARD G, L’Air et les songes, essai sur l’imagination du mouvement, Poche, 1943.
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  • BENJAMIN W., Sur le haschich et autres écrits sur la drogue, Christian Bourgeois Éditeur, 1993.
  • BOUSTANY A., Histoire des paradis artificiels, Hachette, 1993.
  • CAHAGNET L.A., Guide de l’extatique par le haschisch, Germer Baillière, 1850.
  • CASTANEDA C., L’Art de rêver, les quatre portes de la perception de l’univers, Éditions du Rocher, 1994.
  • DELESSERT E., Une soirée de haschisch à Jérusalem, A. Delambre, 1857.
  • DURAND G., L’Imaginaire, essai sur les sciences et la philosophie de l’image, Hatier, 1994.
  • ELIADE M., Le Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, Payot, 1968.
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  • ENRIQUEZ E., De la Horde à l’État, essai de psychanalyse du lien social, Gallimard, 1983.
  • ESCOHOTADO A., Ivresses dans l’Histoire, les drogues des origines à leur interdiction, L’esprit frappeur, 1995.
  • HADENGUE T., VERLOMME H., MICHKA, Le Livre du cannabis, le XXIe siècle sera-t-il psychédélique ? Une anthologie, Georg, 1999.
  • HERER J., L’Empereur est nu, Éditions du Lézard, 1996.
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  • HOUDAYER H., Le Défi toxique, conduites à risque et figures de l’exil, L’Harmattan, 2000.
  • JÜNGER E., Approches, drogues et ivresse, Christian Bourgeois, 1973.
  • LAPASSADE G., Les États modifiés de conscience, PUF, 1987.
  • LEARY T., La Politique de l’extase, Fayard, 1979.
  • MAFFESOLI M., La Conquête du présent, Desclée de Brouwer, 1999.
  • MICHKA, Le Chanvre renaissance du cannabis, Georg, 1995.
  • MOREAU de TOURS J.-J., Du Haschisch et de l’aliénation mentale, études psychologiques, Masson, 1845.
  • SAND G., La Mare au diable, Vedette, 1955.
  • VAN GENNEP A., Les Rites de passage, Paris, Picard, 1981.
  • XIBERRAS M., La Société intoxiquée, Méridiens Klincksieck, 1989.
Notes
[1]

Michka, Le Chanvre renaissance du cannabis, Georg, 1995, p. 19.

[2]

Antonio Escohotado, Ivresses dans l’Histoire, les drogues des origines à leur interdiction, L’esprit frappeur, 1995, p. 9.

[3]

Georges Sand, La Mare au diable, Vedette, 1955.

[4]

John Hopkins, Carnet de Tanger, La Table Ronde, 1995.

[5]

Docteur Bouchardat, Répertoire de pharmacie, Tome IV, 1849.

[6]

Jacques Joseph Moreau de Tours, Du Haschisch et de l’aliénation mentale, études psychologiques, Masson, 1845.

[7]

On remarquera notamment les travaux de Jules Giraud, pharmacien de profession qui explora les modalités de l’usage psychotrope du cannabis. « L’art de faire varier les effets du haschisch », « Le testament d’un haschischéen », « Le droit à l’ivresse », « Prédictions d’un haschischéen sur le haschisch », Tigrane Hadengue, Hugo Verlomme, Michka, Le Livre du cannabis, le XXIe siècle sera-t-il psychédélique ? Une anthologie, Georg éditeur, 1999, pp. 596-611.

[8]

Edouard Delessert, Une soirée de haschisch à Jérusalem, A. Delambre, 1857.

[9]

Antoine Boustany, Histoire des paradis artificiels, Hachette, 1993, p. 20.

[10]

Louis Alphonse Cahagnet, Guide de l’extatique par le haschisch, Germer Baillière, 1850.

[11]

Martine Xiberras, La Société intoxiquée, Méridiens Klincksieck, 1989,135-136.

[12]

Michka, Le Chanvre, op. cit.

[13]

Timothy Leary, La Politique de l’extase, traduit de l’américain par Pierre Sisley, Fayard, 1979.

[14]

Carlos Castaneda, L’Art de rêver, les quatre portes de la perception de l’univers, Éditions du Rocher, 1994.

[15]

Georges Lapassade, Les États modifiés de conscience, PUF, 1987.

[16]

Walter Benjamin, Sur le haschich et autres écrits sur la drogue, Christian Bourgeois Éditeur, 1993, p. 44.

[17]

Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, Pétion, 1846.

[18]

Ernst Jünger, Approches, drogues et ivresse, Christian Bourgeois, 1973.

[19]

Clara Malraux, Nos Vingt ans, Grasset, 1992.

[20]

Gaston Bachelard, L’Air et les songes, essai sur l’imagination du mouvement, Livre de Poche, 1943, p. 65.

[21]

Mircéa Eliade, Le Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, Payot, 1968, p. 23.

[22]

Roger Bastide, Le Rêve, la transe et la folie, Flammarion, 1972.

[23]

Mircéa Eliade, Le Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, op. cit.

[24]

Ibid.

[25]

Jean Griffet, « Le partage de l’expérience », Sociétés, 1994, n° 45, p. 317.

[26]

Antoine Boustany, Histoire des paradis artificiels, drogues de paix et drogues de guerre, Hachette/Pluriel, 1993, p. 21.

[27]

Michel Maffesoli, La Conquête du présent, Desclée de Brouwer, 1999 (1979).

[28]

Les rites de passage constituent un seuil, le franchissement d’une limite dont Arnold Van Gennep donne maints exemples : Arnold Van Gennep, Les Rites de passage, Picard, 1981.

[29]

Voir à ce propos la notion d’ordalie développée par Marc Valleur, « le crédo de la mort », « L’Esprit des drogues, la dépendance hors la loi ?», Autrement, avril 1989, n° 106, p. 117. La limite ne provient que de l’autre qui exprime un rapport pathétique avec la loi. Cet aspect pose les limites de l’agir, de la dépendance, de la confrontation avec l’autre qu’on retrouve dans la conduite ordalique, lorsque le toxicomane remet sa vie entre les mains du hasard.

[30]

Barbara Glowczewski, « Relativité des modèles culturels et de la transgression », Adolescence et risque, Syros, 1993, p. 15.

[31]

Eugène Enriquez, De la Horde à l’État, essai de psychanalyse du lien social, Gallimard, 1983.

[32]

George Sand, La Mare au diable, op. cit., p. 7.

[33]

Je renvoie ici à l’intégralité du chapitre I « Les noces de campagne » de l’appendice à la Mare au diable, Ibid., pp. 141-149, où l’on trouvera l’ensemble des références citées ainsi que d’autres explications concernant les techniques et le personnage du chanvreur, dont par ailleurs fait référence tout l’ouvrage.

[34]

Christian Bachmann et Anne Coppel, La Drogue dans le monde hier et aujourd’hui, Albin Michel, 1989.

[35]

Cf. Hélène Houdayer, Le Défi toxique, conduites à risque et figures de l’exil, L’Harmattan, 2000.

[36]

Théophile Gautier, « Le Club des haschischins », La revue des deux mondes, tome XIII, février 1846.

[37]

Gilbert Durand, L’Imaginaire, essai sur les sciences et la philosophie de l’image, Hatier, 1994, p. 50.

[38]

Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy, 1983, p. 379.

[39]

Gilbert Durand, L’Imaginaire, op. cit., p. 50.

Résumé

Français

Cet article souligne le caractère intemporel et éminemment social du chanvre sans pour autant en faire son éloge. Il ne s’agit pas de débattre sur l’intérêt ou non de promulguer ou interdire une «drogue», mais de voir de quelle manière les liens que l’homme tisse avec la plante peuvent être intéressants pour nos sociétés. À travers ses multiples références la plante manifeste son appartenance à divers liens, économi~que (le statut de marchandise), politique (l’écologie), législatif (la règle de l’interdit), agricole (les récoltes), esthétique (le lyrisme de l’approche), sociologique (le culturel)... qui tissent les relations de l’individu à la plante. Ainsi, nous pouvons parler de métaphore pour évoquer ces liens, en se référant à la structure physique de la plante: l’herbe faite de fils et de tiges pour former les liens qui unissent l’homme à la plante.

Mots clés

  • Cannabis
  • Culturel
  • Représentation sociale
  • Sociologie
  • Imaginaire

English

That item inderlines the timeless nature and eminently social of the hemp without making praise. This is no time for discussing the interest to promulgate or forbid a «drug», but to see how men weave his bonds with the plant in order to be attractive for our society. Through its various references, the plant shows its belongings to several links: economic (status of merchandise), politic (ecology), legislature (forbidden rules), agricultural (crop), aesthetic (lyrical approach), sociological (the culture)... whom weave the relations between fellow and plant. So we can use metaphor to teach these ties, to refer to the physics structures of the plant: grass making with threads and stems to give the bonds whom join up men and hemp.

Plan de l'article
  1. Des propriétés multiples
  2. Un révélateur
  3. Un mode de vie
  4. La métaphore du lien social

keifovat:

Le “bhang”, consommé en Inde, est un mélange de sommités mâles et femelles (appelé aussi “tarouki “en Tunisie, et “kif” au Maroc et en Algérie).

Marijeanne:


La “ganjah”, également nommée “marihuana” ou tout simplement « herbe », est un mélange constitué uniquement de sommités femelles.

Haschich


Le “haschisch”, ou “chara”, est obtenu soit en roulant les sommités fleuries entre ses mains, soit en les battant sur un voile à mailles très fines pour en retirer la résine, celle-ci est ensuite travaillée en plaquettes brunes de formes diverses, certaines présentant une estampille gouvernementale qui garantit leur bonne qualité.

Ce sont quelques uns des 350 noms de cette herbe.

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